Une copine m'a permis de copier ici son histoire, pour partager, témoigner et pourquoi pas encourager....Bonne lecture!

 

MON HISTOIRE D’ALLAITEMENT


Raconter ici son ou ses expériences d’allaitement ou un passage en particulier de son cheminement personnel.


H est né le 22 septembre 2006 en fin d’après-midi. La mise au sein en salle d’accouchement n’a pas été concluante, il n’a pas réussi à prendre le sein. Quand nous sommes allés nous installer dans la chambre H dormait et ne s’est réveillé qu’une seule fois dans la nuit, je suis allé me promener dans les couloirs, aussitôt une soignante est venu me proposer un biberon ????
Le week-end s’est écoulé tranquillement mais mon petit garçon ne demandait guère à téter et dormait beaucoup... et moi je le regardais dormir !
La pesée indiquait qu’il perdait du poids et une auxiliaire de puériculture est venu plusieurs fois nous observer pour la mise au sein, mais son poids avait encore diminué lundi.
J’ai eu ma monté de lait dans la nuit du 25 au 26/09 mais ils ne nous laisseraient rentrer chez nous que si le poids de notre bébé se stabilisait. Le mardi le poids d’H avait encore diminué, on nous a proposé des compléments alimentaires que nous avons refusé. Puis un tire-lait pour compléter ce qu’il prenait au sein, ce que nous avons tenté le jour-même. Le pédiatre a voulu revoir notre bébé en consultation, son examen s’est révélé normal mais il a tout de même voulu pousser ses investigations plus loin. Là encore je m’y suis opposé, j’ai accepté un examen urinaire après avoir moi-même posé l’étui de recueil. Il fallait se rendre à l’évidence, H dormait beaucoup mais allait bien et il était temps que nous rentrions chez nous !
Le mercredi matin avant la pesée nous avons donné du complément alimentaire à la seringue en espérant que la balance en tiendrait compte ! Ouf le poids était stabilisé, il nous ont laissé partir avec une prescription de pesé avant et après les tétées, une location de pèse-bébé et d’un tire-lait et bien sûr des compléments alimentaires. Le tire-lait que j’ai loué à la pharmacie était un kitett ( ancien modèle), du très mauvais matériel, je le saurai plus tard.
Je n’ai pas été allaité et n’ai vu personne autour de moi allaiter son enfant. Par contre j’ai fait le choix de l’allaitement pour mon enfant dès le début de ma grossesse. Je pensais que donner le sein était simple. J’ai lu des ouvrages sur l’allaitement maternel et ses nombreux bienfaits et j’ai assisté à une réunion Galactée la veille de mon accouchement. J’ai également fait appel à une « accompagnante à la naissance » qui prétendait avoir une expérience de 8 années au sein de Galactée ; je pensais donc qu’elle pouvait être une ressource supplémentaire pour m’accompagner dans mon choix.
Je l’ai récupéré le samedi et après une tétée j’ai essayé de tirer du lait et c’est là que j’ai eu ma première douleur au sein droit. Peut-être était-il mal réglé ? La douleur s’est amplifiée au cours de l’après-midi et le soir je n’arrivais plus à faire téter H à ce sein. Le lendemain matin mon sein commençait à être rouge est la douleur importante. C’est là que j’ai appelé la permanence de Galactée et rencontré une animatrice. Elle m’a conseillé de faire téter H fréquemment à ce sein douloureux, mais je n’y arrivais pas et H s’énervait au sein. J’ai aussi à ce moment là appelé l’accompagnante à la naissance pour avoir des conseils, elle m’a indiqué des traitements homéopathiques pour probable mastite. Elle ne m’a jamais rappelé…
Le lundi je me rendais chez le SF pour la pesée d’H j’en ai profité pour lui parler de mon sein, il ne pensait pas qu’il s’agissait d’une mastite.
Le lendemain j’avais RV chez mon médecin généraliste qui m’a prescrit un traitement homéopathique pour drainer le sein tout en me disant que la situation devait s’améliorer sous 48 heures.
Je n’arrivais plus du tout à faire téter H à ce sein et la douleur devenait difficilement gérable.
En deux jours la situation s’aggrave, le sein est rouge, dure, impossible de le toucher, d’exprimer du lait manuellement. J’essaye de joindre deux consultantes en lactation, l’une est absente et l’autre ne consulte pas ce jour et m’envoie en consultation à l’hôpital Edouard Herriot.
Le vendredi 6 octobre je me rends au pavillon S, une consultante regarde mon sein, vérifie le frein de langue d'H, lui trouve du muguet dans la bouche et me fait un discours sur le cosleeping ! Elle me prescrit également des anti-inflammatoires et un fongicide que mon bébé n’a jamais eu puisqu'il n’a jamais eu de muguet!
La douleur persiste tout le week-end malgré les antalgiques, mais comme j’ai rendez-vous pour une consultation chez mon gynécologue de ville je prends mon mal en patience. Ce médecin me fait une séance d’acupuncture pour drainer le sein et me conseille de retourner à la clinique si les symptômes ne s’améliorent pas sous 48 heures.
Deux jours après la situation ne s’est pas améliorée, je sollicite un rendez-vous chez l’obstétricien à la clinique Champs fleuri, ce dernier pratique une échographie du sein et m’annonce un abcès qu’il faut drainer dans l’après-midi car il s’absente ensuite jusqu’à vendredi. La situation est catastrophique, je reste à la clinique avec H, je rencontre l’anesthésiste (odieux) qui m’annonce que je ne pourrai pas allaiter pendant 24 heures. C part à la recherche de lait artificiel au magasin bio et revient s’occuper d'H pendant l’intervention au bloc. Au réveil, l’obstétricien est déjà parti et je dois passer une nuit à la clinique. Nous sommes donc séparés une nuit H et moi. Je rentre chez moi le lendemain matin seulement. Le vendredi je retourne à la clinique pour faire le pansement. La douleur reste importante et l’obstétricien augmente les doses d’antalgique (et en prescrit même un incompatible avec l’allaitement ! Heureusement que la pharmacienne était compétente !) et sachant que je suis infirmière, il me dit de faire mon pansement toute seule, quotidiennement.
Il rajoute également : « vous avez fait tout ce que vous pouviez pour allaiter mais maintenant il va falloir passer à autre chose »... Je suis resté hermétique à ses conseils.

Le lendemain matin j’ouvre le pansement pour le refaire et là c’est l’horreur. Je ne m’attendais pas à ce que je voyais : une plaie béante, sans point de suture. Je me ressaisi et fait tant bien que mal un nettoyage et un pansement de la main gauche devant mon miroir. Et cette douleur qui ne diminuait pas, bien au contraire !
Le mardi suivant une consultante en lactation donne une conférence à la Maison de la Parentalité et accepte de me rencontrer juste avant pour m’expliquer comment exprimer le lait manuellement, elle ne peut pas grand chose pour moi. Mon sein est toujours très douloureux, la situation empire.
Le mercredi une consultante en lactation passe à la maison, semble assez insensible à ma douleur et ne sait pas quoi penser de la plaie n’étant pas chirurgienne. Je lui demande de me prescrire une échographie pour savoir ce qui se passe à l’intérieur.
Le vendredi matin je vais en consultation chez le gynécologue de ville, en arrivant chez lui mon sein se remet à couler et moi je fonds en larmes ne sachant plus où j’en étais. Je lui demande de m’aider à trouver une solution, il me propose encore une séance d’acupuncture....
Dans l’après-midi, je vais faire une échographie du sein avant de retourner voir l’obstétricien de la clinique Champ Fleuri. Ce dernier prétend que tout va bien et ne comprend pas pourquoi je me plains de telles douleurs, alors que je lui dit que mon sein coule à nouveau depuis le matin... Il pense que le sein est très engorgé et qu’il faut tirer le lait, il demande donc à l’infirmière de chercher un tire-lait électrique ! C me regarde avec des grands yeux, nous nous comprenons : tirer du lait sur un bout de sein qui a une cicatrice béante et très douloureuse ? Il en est pas question une minute ! Ce chirurgien est totalement incompétent et nous décidons de partir.
Je ne peux plus rester sans prendre mes antalgiques à heures très régulières, la douleur m’empêche de dormir et je n’en peux plus.
Je rappelle la consultante en lactation pour lui demander de me donner le nom d’un chirurgien qui peut s’occuper de moi dans la semaine. Dès le lendemain j’ai un rendez-vous pour une consultation au cabinet d’un chirurgien spécialiste en sénologie et qui intervient à l’hôpital de la Croix-Rousse.
A son cabinet elle m’ausculte avec son échographe, referme mon pansement et me demande comment je peux supporter cette douleur ? Je suis tellement étonné que quelqu'un comprenne enfin ce que je vis, j’y crois à peine. Cela fait plus d’un mois que je rencontre de nombreux professionnels et j’ai j’entrevois enfin un début de solution à mon problème.
Mais je dois à nouveau passer au bloc pour un drainage chirurgical, elle me fait comprendre que c’est urgent et me demande de me rendre le lendemain matin à 7 h à l’hôpital de la Croix Rousse en service de gynécologie.
Cette fois-ci je sens que je peux faire confiance à ce médecin, je la sens très compétente et aussi très humaine.
Nous nous rendons à l’hôpital le lendemain matin, nous sommes très bien accueillis. je pars au bloc opératoire la mort dans l’âme... après mon réveil j’ai très mal, mais je suis entendu et soulagé au mieux.
Dans l’après-midi, le médecin m’explique que l’abcès était très vilain et qu’il a fallu mettre un flash d’antibiotique. Que j’allais encore avoir une douleur importante et qu’il fallait que je reste hospitalisé jusqu’au lundi.
Nous allions donc être séparé une deuxième fois mon bébé et moi et cela pendant 3 nuits. Ces 4 jours ont été longs, très longs.
C venait le plus possible à l’hôpital avec H mais cette séparation me déprimait beaucoup.
A la maison H est passé au biberon de lait artificiel car il s’énervait en buvant à la pipette /seringue/cuillère /softcup. De mon côté je tirai mon lait au sein gauche à l’hôpital afin de maintenir une lactation déjà bien faible. Je tirai très peu et cela me décourageait beaucoup.
La réfection de mon pansement deux fois par jour était très pénible car le protocole comportait une irrigation à l’eau oxygénée, ça brûlait et je serrais les dents.

Je suis sorti de l’hôpital le lundi avec une ordonnance de soins à domicile pour la réfection de mon pansement deux fois par jour. Un suivi sérieux est mis en place avec des rendez-vous réguliers à l’hôpital ou en cabinet.

Le mardi matin C doit s’absenter pour son travail, pendant une semaine. Nous avons prévu un relais, le lendemain matin des amis d’Alsace arrivaient pour m’aider pendant l’absence de C. Deux heures après son départ une douleur fulgurante me traverse le sein, je n’arrive plus à bouger, je n’arrive plus à porter mon bébé, j’appelle une amie à l’aide. Cette amie me propose de préparer une valise car « avec la chance que tu as tu risques de retourner à l’hôpital ». Elle donne un biberon à H qui a faim et nous accompagne chez la gynécologue pour une consultation en urgence. Je pleurais de douleur et ne voulait pas croire à une autre récidive d’abcès. En fait lors de la dernière intervention chirurgicale, une gouttière avait été mise en place pour aider le sein à se drainer, cette gouttière avait bougé et me cisaillait la peau de l’intérieur, et pour couronner le tout je faisais une allergie aux fils qui la maintenaient. Une fois tout le matériel enlevé, la douleur s’est arrêtée aussi brutalement qu’elle était apparue, quel soulagement.
Et c’est aussi ce jour-là que j’ai été prise de doute pour la première fois quant au maintien de cet allaitement, j’ai demandé au gynécologue ce qu’elle pensait, s’il fallait que j’arrête là mon allaitement, si je m’étais trop obstiné ?
Au contraire, elle m’a encouragé à continuer comme je le voulais, comme je le pouvais, elle a eu des mots très apaisants et je suis rentré chez moi rassuré.
Le jeudi je suis retourné à l’hôpital avec mon amie, pour montrer l’évolution de mes plaies et pour refaire mon pansement.
Ensuite c’est l’infirmière à domicile qui a pris la relève deux fois par jour pour le soin et la réfection du pansement. Lors de la première semaine je redoutais encore beaucoup l’infirmière puis la douleur a enfin diminué pendant la réfection des pansements et s’est espacée dans les semaines suivantes... J’ai commencé à espacer les prises d’antalgique, je voyais enfin le bout du tunnel. J’ai rencontré encore une fois le gynécologue à son cabinet et elle m’a confirmé que j’étais bien tiré d’affaire. Au bout de 15 jours la plaie s’est refermée petit-à-petit et après une semaine de plus l’infirmière ne venait plus qu’une fois par jour jusqu’à la cicatrisation complète. Les derniers jours je faisais mon pansement et le 6 janvier j’ai enlevé mon dernier pansement, j’ai pris mon premier bain avec mon bébé ce jour-là : quel beau cadeau d’anniversaire !

Mais en parallèle, il fallait faire face à un autre problème : H buvait pratiquement 5 biberons de lait artificiel par jour. Lorsqu’il prenait le sein, il se jetait en arrière en hurlant et ne voulait plus téter, mon sein gauche ne produisait plus assez et il y avait certainement un problème de confusion entre mon sein et la tétine des biberons. J’étais désespéré et le 27 novembre j’ai repris contact avec une consultante en lactation pour avoir des conseils. Elle m’a proposé d’utiliser un Dispositif d’Aide à l’Allaitement pour le sein gauche pour stimuler la lactation tout en nourrissant mon bébé au lait artificiel. Je suis rentré chez moi, j’ai viré tous les biberons. J’ai utilisé le DAL à chaque tétée pendant 2 semaines, bu des litres de tisane galactogène et me suis reposé en faisant de longues siestes avec mon bébé, enfin ! Les résultats ne se sont pas fait attendre, au bout de 2 semaines à ce régime ma lactation devenait satisfaisante pour mon bébé, nous n’utilisions le DAL que encore pour la tétée du coucher pendant environ un mois, mais le réservoir ne se vidait presque plus et à la fin du mois de janvier nous avons arrêté définitivement le DAL.

H a aujourd’hui trois ans et je l’allaite toujours avec plaisir. Je n’espérais pas un allaitement long, cela semblait tellement compromis dès le départ.

J’avais entamé le récit de cet allaitement il y a deux ans en arrière, sans jamais réussir à le finir, je repoussais et voulais attendre d’avoir digéré son début particulièrement difficile. Je dois reconnaître que raconter cette période a été douloureux et je me rends compte à quel point il me reste du chemin à parcourir avant de regarder en arrière avec sérénité...


5 ANS PLUS TARD …

Aujourd’hui, en relisant ce témoignage, je me sens enfin sereine avec cette histoire. Mon petit gars s’est arrêté de téter, je crois définitivement le mois dernier, à 5 ans révolu et tout en douceur… quel beau cadeau nous nous sommes fait !